Grisaille, froid, neige… A tort, préjuger est un vilain défaut. J’allais devoir acquiescer devant les arguments de la fière capitale !
Je me suis donc contenté, à la manière d’un chanteur célèbre, de suivre mon guide polonais Natali(a)…

Quelques mots avant de partir

Los Pineros à Varsovie… On était loin de se douter que c’était le premier trip d’une longue série et pourtant…
C’est bien cette semaine passée dans mon pays natal qui nous a donné le goût de la découverte à deux. Autant vous dire que je m’étais mis une belle pression : après des mois à Lui rebattre les oreilles sur les merveilles de la capitale polonaise, la gentillesse de ses habitants et la générosité de sa cuisine, il n’était pas question de le décevoir sous peine de signer pour des années de taquinerie ou de reproches à peine masqués.

Avant ce voyage, pour Lui, Varsovie rimait forcément avec austérité, grisaille et architecture « communiste » ou « socialiste » (le choix du mot n’est fonction que du côté du rideau de fer où on se trouve) et puis, quitte à y aller gaiement, misère, famine et froid polaire. Sur ce dernier point, je n’avais pas l’intention de le décevoir : ça a donc été la semaine du nouvel an à Varsovie !

Je vais vous parler franchement : ça faisait bien 25 ans que je n’avais pas passé une fin décembre en Pologne, alors concrètement, niveau températures, je ne savais pas moi-même à quoi m’attendre. Aussitôt la réservation des billets d’avion faite, l’aventure a commencé avec du shopping : doudoune aussi longue que possible avec capuche, chaussette 100 % laine, collants épais mais pas trop pour pouvoir être enfilés sous un pantalon, sans oublier le combo gagnant écharpe/bonnet/gants.
Vous l’aurez compris, à partir à Varsovie et plus largement en Pologne en hiver, impossible de faire l’économie du bagage en soute !

Ensuite, il m’a fallu trouver un hébergement : en régionale de l’étape, cette tache m’est naturellement revenue et, comme je m’en étais plutôt bien sortie, c’est depuis devenu ma contribution quasi exclusive à la préparation de nos voyages.
Nous avions trois options : l’hébergement chez l’habitant (pour un premier voyage à deux, le concept B&B me semblait risqué ne cernant pas encore bien le profil voyageur de Lui), l’hébergement hôtelier plus ou moins atypique (allant de l’hôtel de type chaine internationale standardisé à des hôtels plus couleur locale où fleure bon le parfum désuet de l’ère communiste (Start Hotel Aramis  à partir de 27 € la nuit en chambre double) dans lequel j’avais déjà séjourné par le passé) et l’option « grand jeu » dans un hôtel haut de gamme, histoire de casser d’entrée de jeu tous préjugés. C’est là-dessus que mon choix s’est porté : un hôtel central, 5 étoiles, à l’architecture moderne. Hésitant entre l’Intercontinental, tour à la base triangulaire, à proximité immédiate du palais de la culture, et le WESTIN HOTEL et son ascenseur vitré ultra rapide en façade, mes finances m’ont fait préférer le second (à partir d’une centaine d’euros la nuit contre plus de 150 pour l’Intercontinental).

hotel westin a varsovie

On a tellement aimé notre séjour, avec chambre au quinzième étage et vue sur les buildings, que le Westin Hôtel est devenu depuis notre camp de base quand nous séjournons à Varsovie. Si d’aventure, vous avez l’occasion d’y séjourner, ne faites pas l’économie d’un cocktail au bar de l’hôtel à la nuit tombée, sous l’ascenseur vitré. Personnellement, je recommande chaudement le Warsaw Mermaid !

l'ascenseur du westin hotel a varsovie

Avion : check
Valise : check
Hôtel : check
Go !

Arrivée à l’aéroport Frédéric Chopin un 30 décembre : passée l’excitation de l’atterrissage en terre inconnue pour Lui et la déconvenue de savoir nos valises restées à Paris (dont le rapatriement n’aura pris qu’une demie journée notamment grâce au personnel du Westin), le froid nous cueille par une belle journée ensoleillée. On grelotte sous la température négative mais le froid est sec, en comparaison avec celui quitté en Haute Savoie quelques heures plus tôt, et pour nous c’est appréciable.

Pour notre première soirée à Varsovie, nous avons cherché une adresse typiquement polonaise, où diner dans une atmosphère feutrée et là, ça ne s’invente pas : nous avons atterri au restaurant DOM POLSKI (en français : la maison polonaise), située Ulica Francuska (comprendre rue Française), dans le quartier de Saska Kepa. Si on y est loin de l’ambiance populaire de la majorité des restaurants que nous avons fréquenté tout au long de notre séjour, force est de constater que la cuisine y est bonne et que le calme des lieux, le service attentionné et la présentation raffinée des plats ne manque pas de séduire. L’addition y est plus proche des standards français que des prix moyens constatés en Pologne mais c’était parfait pour une soirée en amoureux après une journée de voyage mouvementée.
C’est seulement après une bonne nuit de sommeil que les choses sérieuses ont commencé…

Commencer par le commencement : Stare Miasto ou la vieille ville

la place du marché a varsovie

Comment appréhender Varsovie… une ville où cohabitent quartiers anciens ou prétendument tels, buildings n’ayant rien à envier aux grandes capitales européennes et vestiges de l’époque communiste ?

Par facilité et manque de préparation, on a démarré la visite par le quartier de Stare Miasto, c’est-à-dire la ville ville.
Délimitée à l’ouest par le Barbakan (ensemble de fortifications et portes de briques rouges), au Sud par la rue Grodzka et l’allée Solidarnosci, la vielle ville domine la Vistule et s’articule autour de 2 places principales : la place du Vieux Marché (Stary Rynek) et la place du Château sur laquelle veille la statue du roi Zygmunt III Waza, perchée sur sa colonne.

A ce stade, il est essentiel de savoir une chose : tout ce sur quoi on pose les yeux dans le quartier de la vieille ville est faux ! Que du toc ! Avant de crier à l’arnaque, il faut comprendre pourquoi.
Les photos situées dans le hall du château (accessible gratuitement) parlent d’elles-mêmes : en janvier 1945, quand l’armée soviétique est entrée dans Varsovie, la ville était détruite à près de 85 %. La nation toute entière s’est mobilisée, au sorti de la guerre, pour redonner, entre autres, un centre historique à sa capitale. En 10 ans, la vieille ville a été reconstruite à l’identique, sur la base d’œuvres picturales, tant et si bien qu’elle est classée depuis 1979 au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. Alors franchement, certes c’est du faux, mais du faux qui vaut le détour !

le centre ancien stare miasto a varsovie

Sur la place du Vieux Marché, une fois les façades baroques hautes en couleur admirées, il y a une rencontre à ne pas manquer : celle avec la statue de la petite sirène. Ne vous attendez pas à tomber sur la petite sirène d’Andersen ou celle de Disney. La Sirène de Varsovie, c’est une guerrière, arme au poing, qui a juré de protéger la ville et ses habitants, d’après la légende, tant et si bien qu’elle est devenue le symbole de la ville. En hiver, la place accueille un petit marché de Noël où le vin chaud n’a rien à envier à son alter ego alsacien (on dit ça, on dit rien !).
Dans la continuité de la place du vieux marché, au bout de la rue Swietojanska : la bien nommée place du Château et son panorama sur la Vistule et, depuis quelques années, sur le nouveau stade national, inauguré à l’occasion de l’Euro 2012. C’est ici qu’en décembre est installé le sapin de Noël géant de la ville et qu’on se presse au 31 décembre pour admirer le feu d’artifice du nouvel an.
Parlons-en du feu d’artifice… Initialement, le prétexte du voyage était précisément le nouvel an à Varsovie et l’idée était de fêter le passage à la nouvelle année comme des varsoviens, avec des varsoviens, mes cousins en l’occurrence. Le 31 venu, on s’est donc fait inviter à diner chez mes cousines avant de prendre la direction de la place du château, équipés de champagne, pour attendre minuit et assister au fameux feu d’artifice. On a attendu minuit, débouché le champagne et on a attendu un feu d’artifice… qui n’est jamais venu. Bon alors de bonnes âmes ont dû avoir vent de notre déception et ont tiré quelques pétards mais on ne va pas se mentir : c’était le pire feu d’artifice auquel on a jamais assisté !

la place du chateau a varsovie

Revenons à nos moutons et au château. Sa visite ne relève pas d’un incontournable selon nous : on est loin du faste des châteaux français même si Varsovie possède son petit joyau, en le château de Wilanov (demeure estivale et plus tardive des rois de Pologne). Pourquoi ? Tout simplement parce que la Pologne a, au fil des siècles, eu plusieurs capitales dont les plus célèbres sont Varsovie et Cracovie. L’occasion est trop belle pour ne pas faire un mini focus sur les rois/reines polonais.
Savez-vous que les rois de Pologne étaient traditionnellement élus par une assemblée de grands seigneurs ? Ceci explique qu’un futur roi français soit d’ailleurs monté sur le trône de Pologne : Henri III. A peine élu, c’est en traînant des pieds que le Valois a rejoint son tout nouveau royaume et à peine le roi Charles IX avait-il passé l’arme à gauche qu’Henri III a pris ses jambes à son cou pour le remplacer sur le trône de France, emportant au passage de nombreux « souvenirs » des palais polonais. Pas rancuniers, les polonais ont bien des années plus tard offert une reine à la France (Marie Leszczynska épouse de Louis IV), un roi et une place à Nancy (le roi Stanislas, père de Maria Leszczynska, en exil) et le baba au rhum (invention du fameux roi Stanislas). C’était le quart d’heure Stéphane Bern.

stare miasto a varsovie

Avant de quitter la Vieille Ville, on a pris plaisir à photographier les enseignes plus originales les unes que les autres des boutiques et restaurants de la place du marché et avons fait une pause déjeuner qui restera dans nos annales… et dont le souvenir est encore vivace dans sa mémoire à Lui.
On aurait pu déjeuner à la PIEROGARNIA STARY MLYN (chaine de restaurants au très bon rapport qualité prix, spécialisé dans les pierogi, sortes de gros raviolis farcis de différentes manières, bouillis, poêlés ou cuits au four, fleuron de la gastronomie polonaise) mais le froid aidant, j’ai suggéré une adresse au menu plus généraliste bien qu’exclusivement polonais :PODWALE 25.

Tout y est énorme : les salles, les chopes de bière et les plats. Affamés, on a cru bon tenter le menu entrée + plat. Il faut dire que le prix de la carte a fini de nous convaincre de nous laisser tenter. Ce fut donc barszcz cwerwony (soupe de betteraves à 3€) et ribs à environ 9€ (un plat qu’on croit à tort populaire uniquement outre atlantique) pour lui et assiette de charcuterie à moins de 7€ (il y aurait beaucoup à dire sur le sujet mais croyez-moi sur parole : les charcuteries polonaises c’est une tuerie !) et placek po wegiersku à 9€ (comprendre galette de pommes de terre à la hongroise, soit très concrètement de galettes de pommes de terre nappées de goulash de viande au paprika) pour moi. On avait faim, très faim, et on a calé, vite calé… juste après l’entrée ! Lui s’est évertué à jouer au terrassier avec le contenu de son assiette pour faire croire qu’il avait mangé mais personne n’a été dupe. Si on n’avait pas séjourné à l’hôtel, on aurait sans doute emporté un doggy bag (pratique courante en Pologne), mais c’était techniquement pas possible cette fois-ci. On a gâché beaucoup de très bonne nourriture et on en a été désolé, mais nos estomacs avaient capitulé devant la générosité polonaise. On est ressortis du resto en roulant dans la neige, repus, heureux et plus lourds d’au moins un ou deux kilos.

Il est temps de faire une petite parenthèse shopping. Avec toutes les boutiques de souvenirs présentes dans la Vielle Ville, vous serez vite tentés de sortir le porte-monnaie. Reste à savoir quoi acheter et où ! Dans notre liste des souvenirs incontournables à ramener de Pologne, on trouvera, pèle mêle : de la vodka (nature ou parfumée, plus ou moins distillée et gare à celui qui osera dire que la vodka est une invention russe !), de la charcuterie (c’est comme pour la vodka, c’est à consommer avec modération, mais qu’est-ce que c’est bon !), des ogorki (sorte de gros cornichons marinés au sel auxquels on prête des vertus insolites en matière de gueule de bois) sans oublier les fameux bijoux en ambre de la mer Baltique, généralement sertis en argent, la verrerie et plus généralement les objets artisanaux typiquement polonais tels que les chaussons en peau retournée fabriqués dans les montagnes, les objets de déco ou jouets en bois sculpté ou encore la vaisselle en céramique traditionnelle.

Pour avoir la garantie d’acheter de l’authentique made in Poland, une seule adresse : les magasins CEPELIA . Créés sous le communisme pour promouvoir le savoir faire et l’artisanat polonais, ces magasins ont perduré et mieux, ils se sont multipliés. Vous en trouverez dans toutes les principales villes de Pologne : Varsovie (près de la place du Château), Cracovie, Lodz, Wroclaw, Gdansk ou encore Torun, pour ne citer qu’elles. On recommande !

Prendre de la hauteur : Srodmiescie ou la ville nouvelle

Une fois les bases historiques posées, il était impossible de Lui refuser la découverte de ce qui l’a irrésistiblement attiré depuis le taxi qui nous ramenait de l’aéroport. Sans doute sa première et plus grosse surprise : les immeubles de grande hauteur de la ville nouvelle.
Pour un français, faire cohabiter des bâtiments historiques avec des tours modernes, c’est toujours surprenant. Paris a relégué ses buildings à la Défense. Varsovie a fait le choix d’en édifier la majorité aux abords du Palais de la Culture. N’en déplaise à certains, le Palais de la Culture, c’est la Tour Eiffel polonaise, véritable symbole architectural de sa capitale. Mais au fait, qu’est-ce que c’est ?

le palais de la culture a varsovie

De son vrai nom PALAIS DE LA CULTURE ET DE LA SCIENCE , cet édifice de 231 m (soit 42 étages) est le « cadeau » (empoisonné diront ses détracteurs) fait par Staline au peuple polonais en 1955. Sympa !
Il faut bien lui reconnaitre qu’il impressionne, par son architecture austère, son gigantisme (3288 pièces, 123 084 m² et un volume de 817 000 m3) et la vue panoramique qu’il offre sur la ville. Pour quelques 20 zloty (soit moins de 5€) et sous réserve de trouver l’accès à la billetterie (pour notre part, on s’est tapé le tour complet du palais avant de trouver la bonne entrée), on monte dans un ascenseur certes ultra rapide mais semblant dater de la construction du bâtiment qui nous amène directement au 32ème étage et là… là on a Varsovie à ses pieds. On a adoré !
Amis photographes, si vous êtes aussi mordus que Lui, prévoyez carte mémoire et batterie de secours !
A noter que le Palais de la Culture abrite aussi plusieurs musées dont le musée de la ville de Varsovie, le musée d’histoire naturelle et le musée des maisons de poupées (oui, oui, vous avez bien lu !).

la skyline de varsovie

Je ne m’étendrais pas sur les buildings visibles depuis la terrasse panoramique : c’est pas mon rayon. Alors quitte à faire le jeu des préjugés sexistes (j’assume), je vais en revanche vous parler du centre commercial Zlote Tarasy (comprendre les terrasses dorées), dont le toit de verre imitant une vague attire le regard de là-haut.
Avant toute chose, il faut savoir que la Pologne est championne en matière de centres commerciaux. Gigantisme, modernité, architecture… il y aurait beaucoup à dire… Le mieux, c’est encore de s’en rendre compte par soi-même et s’offrir un shopping center tour : Manufactura à Lodz, Stary Browar à Poznan et bien sûr ZLOTE TARASY à Varsovie !
Concrètement, il s’agit d’un ensemble regroupant un parking de plus de 1500 places, des commerces (plus de 200 enseignes), plusieurs dizaines de snacks et des restaurants, un hôtel et un cinéma, le tout sous une impressionnante verrière de plus de 10 000 m². Que ce soit clair : vous y retrouverez essentiellement des boutiques de marques internationalement connues, pratiquant des prix alignés sur ceux constatés en France. Là où le shopping peut s’avérer intéressant, c’est en cas de taux de change favorable (pour mémoire la Pologne ne fait pas partie de la zone Euro et la monnaie locale est le Zloty), ou si on s’essaye aux marques 100 % polonaises telles que Inglot (maquillage), Ochnik (vêtements et bagagerie en cuir) ou YES (bijouterie), pour ne citer qu’elles.
Au-delà du shopping, Zlote Tarasy c’est avant tout un objet architectural original.

les gratte-ciel de varsovie

le centre commercial de varsovie

les buildings de varsovie

Après avoir couru les boutiques, on avait dans l’idée d’aller prendre un grand bol d’air frais dans un des plus vastes et plus beaux parcs de Varsovie. L’idée était bonne mais on ne va pas se mentir : c’est pas sous des températures négatives et un fin manteau de neige qu’on apprécie le mieux les 76 hectares d’allées, de bosquets et de plans d’eau du PARC DE LAZIENKI . Après quelques minutes, on a renoncé : on y reviendra aux beaux jours, pour profiter, allongés dans l’herbe, des récitals gratuits de Chopin qui y sont donnés chaque dimanche, à midi et à 16h, du 13 mai au 30 septembre et ce depuis presque 60 ans. Incontournable !

le passage piano a varsovie

les tours de verre de varsovie

On ne pouvait pas quitter le quartier de Srodmiescie sans nous arrêter au MUSEE POLIN, musée de l’histoire juive, tout juste inauguré, sur recommandation de nos amis varsoviens enchantés de leur visite. Ayant été bouleversée par le musée juif de Berlin, j’étais très curieuse de le découvrir et d’amorcer ainsi la thématique de Shoah, qui a tant empreint l’histoire du pays. Après avoir fait le tour du bâtiment à l’architecture moderne et épurée et avoir fait la queue à la billetterie, première déconvenue : il n’existe pas de documentation ni d’audio guides en français. Qu’à cela ne tienne : nous lirons les explications en anglais pour Lui, polonais pour moi. Malheureusement, nous avons vite décroché face à la difficulté de s’approcher des panneaux explicatifs, tant il y avait de monde, et à la densité du contenu (3 à 4 heures de visite). Dommage parce que la scénographie est vraiment bien pensée, avec des contenus interactifs et un sujet traité en profondeur (bien qu’il ne soit abordé quasi exclusivement que sur l’aspect historique, polono-polonais, et non culturel).

le musée de l'histoire juive a varsovie

C’est un peu hébétés par la profusion d’informations reçues et déçus de ne pas avoir eu le courage de consacrer le temps nécessaire à la visite, que nous avons quitté les lieux… dans un blizzard des plus dépaysants.
Bienvenue à Varsovie en hiver !
Les bases de l’histoire de la présence juive en Pologne posées, il était temps d’aborder l’épisode le plus sombre de l’histoire des juifs à Varsovie et de partir sur les traces des vestiges du ghetto.

Plongée dans les heures sombres de la seconde Guerre Mondiale dans le quartier de Wola

On ne tombe pas sur les quelques vestiges du tristement célèbre ghetto de Varsovie par hasard et c’est sans doute tant mieux. Selon moi, se plonger dans cette histoire que nous connaissons tous (plus ou moins bien, certes) relève d’un choix, d’une sensibilité personnelle. Ni Lui, ni moi ne sommes de confession ou d’origine juive mais nous avons beaucoup de respect pour la culture, l’histoire et la religion juive, outre le sentiment d’horreur que nous évoque la Shoah.

Des 300 hectares du ghetto et des 18 km de mur qui l’encerclaient, il ne subsiste que quelques mètres. Une partie est visible depuis l’allée Jean Paul II, entre les rues Sienna et Zlota, mais ce n’est pas, selon nous, le lieu le plus « parlant » pour s’adonner à un travail de mémoire. Il est préférable de quitter le bruit de l’allée Jean Paul II et de s’aventurer dans les cours intérieures des copropriétés accessibles du côté des numéros 53 et 55 de la rue Sienna ou de l’autre côté du pâté de maisons, rue Zlota (attention, ne cherchez pas de grands panneaux touristiques indiquant l’accès, il n’y en a pas). N’ayez pas peur de pénétrer ces lieux, les habitants du quartier sont habitués aux passages de touristes et sous réserve d’un comportement respectueux des lieux, il ne vous sera fait aucune remarque quant à votre présence. On a vite fait d’être gagné par l’émotion.
D’autres vestiges sont encore visibles du côté du 45 de la rue Grzybowska mais d’après les dires des chauffeurs de taxi, leurs heures sont comptées : les propriétaires du terrain sur lequel ils subsistent seraient engagés dans une bataille judiciaire visant à les détruire pour y édifier une construction.

les buildings de varsovie

Pour ceux qui, comme nous, voudraient en savoir ou tout du moins voir plus, on recommande d’aller faire un tour place Grzybowski (place centrale de la vie juive avant-guerre), à l’angle avec la rue Prozna, où s’élève la Kamienica Majera Wolanowskiego, un des rares bâtiments du ghetto encore debout. Faute de restauration, le bâtiment est maintenu tant bien que mal en l’état. Les photos accrochées aux fenêtres et les impacts de balles dans ses murs en brique font froid dans le dos.

le ghetto juif a varsovie

Le soulèvement du ghetto de Varsovie du printemps 1943 n’est pas le seul soulèvement qu’ait connu la ville durant la seconde Guerre Mondiale. A celui, moins connu, de la population (abordé dans le film Le Pianiste, de Roman Polanski avec Adrien Brody), un musée est consacré : le MUSEE DE L’INSURRECTION de Varsovie, rue Grzybowska.
S’il y a un musée à ne pas rater, c’est celui-là !
Personnellement, c’est la troisième fois que je le fais, et ce n’est surement pas la dernière !
Pourquoi ?
D’abord parce qu’il est très très bien fait. C’est un musée très bien pensé : il est interactif et fait appel à tous les sens du visiteur qui se retrouve comme immergé dans les événements. Les images d’archives se mêlent aux enregistrements de témoignages d’insurgés, des animations dans chaque salle ou presque rendent le visiteur acteur de sa visite et des salles sont consacrées à des reconstitutions (on se retrouve par exemple à parcourir des égouts, à la manière des insurgés).
Ensuite, parce que les événements sont retracés avec une précision époustouflante, sans pour autant qu’on soit submergé par les informations. On est d’ailleurs invités à ramasser de petites fiches qui résument les événements jour après jour, qu’on n’aura pas de mal à relire une fois la visite terminée.

le musée du soulèvement de varsovie

Enfin, parce que pour ma part, j’y ai fait une rencontre incroyable. Une salle du musée reconstitue une imprimerie clandestine. Aux murs, on trouve des originaux d’affiches appelant au soulèvement et les visiteurs sont invités à se servir et à en emporter des répliques. Je n’avais pas mes lunettes sur le nez ce jour-là, et je me contorsionnais pour arriver à déchiffrer une affiche quand le vieux monsieur assis au fond de la salle s’est approché de moi. Il m’a lu l’affiche et m’a raconté son histoire…

C’était un insurgé qui avait travaillé dans une imprimerie clandestine avant de se faire prendre et déporter par les nazis. En l’écoutant me raconter tout ça avec un brin d’humour, les larmes se sont mises à couler sur mes joues. Ce vieux monsieur m’a bouleversé avec son sens de la liberté, de la partie, du sacrifice mais surtout par son humilité. Il était là, assis dans son coin, dans cette réplique d’imprimerie de sa jeunesse et il attendait, humblement, qu’on le sollicite. Alors que j’étais plus en état d’articuler un mot, le monsieur a arrêté son récit pour me demander qui j’étais, d’où je venais. Je lui ai brièvement raconté mon immigration, ma vie en France, mon attachement à la Pologne et comme pour me consoler, il s’est mis à me réciter les mots en français qu’il avait appris en déportation et qu’il disait à sa femme : « je t’aime, ma chérie ». Autant vous dire que les grandes eaux de Versailles se sont remises instantanément en route et, consciente d’avoir abandonné derrière moi ma moitié, j’ai commencé à balbutier qu’il fallait que je le quitte. Là, le vieux monsieur m’a pris dans ses bras, m’a simplement souhaité que Dieu me garde (ne soyez pas choqués, ce God Bless est très courant en Pologne).
Je ne sais pas qui il était, ni s’il s’agissait d’un employé régulier du musée ou d’un intervenant ponctuel. Je n’ai même pas pensé à lui demander son nom, mais je vous souhaite à tous de faire sa rencontre.

En somme, vous l’aurez compris, on recommande la visite à 100%.
Et un conseil : ne quittez pas le musée sans vous arrêter prendre un café dans la cafétéria du musée… non pas pour le café, pas meilleur qu’ailleurs, mais pour le décor… Celui d’un appartement typique du Varsovie des années 40, avec napperons, mobilier et photos d’époque.

En sortant du musée, le froid et les émotions aidant, on était morts de faim et ça tombait bien puisque pas très loin du musée se trouve un restaurant bien connu des varsoviens et de bon nombre de touristes : OBERZA POD CZERWONYM WIEPRZEM, littéralement l’auberge sous le porc rouge, 68 rue Zelazna.
Attention, qui dit restaurant connu des touristes ne dit pas restaurant attrape touristes. L’auberge sous le porc rouge, c’est du sûr, de l’abordable et de l’atypique.auberge sous le pors a varsovie
Bruce Willis, Laurent Blanc et les bleus de l’Euro 2012 sont passés par là… et bien nous aussi !
Concrètement, ce qui fait le succès du lieu, outre la cuisine (bonne, généreuse et abordable), c’est le décor et son menu (je connais des touristes français qui en ont même embarqué un exemplaire). Du sol au plafond, en passant par l’intitulé des plats, le restaurant fait le plein de clins d’oeils aux grandes heures du communisme. Ainsi, vous ne serez pas étonnés de voir au mur le portrait officiel de Lénine détourné en dégustant une « côtelette de prolétaire » (ici une escalope pannée à 9€) accompagnée des pâtes de Brejnev (ici des pâtes traditionnelles farcies d’agneau, 7€), avant de conclure sur un café gourmand « étoile de Fidel ».

Le hasard faisant bien les choses, après ce repas thématique, j’avais un enchainement tout trouvé à lui suggérer : direction le quartier de Praga et son musée du communisme.

la tour axa a varsovie

De l’autre côté de la Vistule : le quartier de Praga

Varsovie, c’est grand ! Si en été, les sportifs peuvent tenter de rejoindre Praga en petites foulées, en hiver, les frileux comme nous font le choix des transports en commun.
Si le réseau de métro est peu étendu, on peut compter sur les tramways, pour certains hors d’âge, il faut bien le reconnaitre. Nous sommes montés dans un de ceux-là, à proximité du rond-point Charles de Gaulle (et oui ! mais on aura l’occasion d’y revenir) et avons entamé un voyage dans le temps et dans le quartier de Praga.
Ne vous attendez pas à descendre dans un quartier rutilant, cerné de buildings, comme Srodmiescie. Praga, c’est un quartier en mutation, populaire au sens premier du terme, où vivent en majorité des polonais pure souche. Dès la descente du tram, en passant devant de petites échoppes en bois héritées de l’ère communiste, le décor est planté.

le pont ponietowski a varsovie le stade de foot de varsovie euro 2012

Le lieu était tout trouvé pour accueillir le musée de la vie sous le communisme « Czar PLR », en français le mirage ou la magie de la République Populaire de Pologne. Situé rue Glucha, ce modeste musée d’initiative privée met en scène objets, publications et photographies de l’ère communiste dans un décor, suivant les salles, d’appartement, de bureau politique ou encore d’épicerie (à l’étal vide, naturellement). Pour le touriste français tel que Lui, ça a été le meilleur moyen de toucher du doigt la réalité de la vie quotidienne des polonais durant la guerre froide.
Ce qui nous a le plus marqué :
Lui : se rendre compte que le quotidien des polonais des années 80/90 était fait des mêmes objets que celui des français… des années 70
Moi : revoir les planches de tickets de rationnement qu’enfant j’avais déchiqueté, ne sachant pas ce que c’était, et plus largement replonger dans un décor comme qui dirait familier.

le musée du communisme a varsovie

Après 45 min d’une visite qui nous a souvent fait sourire et nous remémorer nos enfances respectives, il était temps de revenir dans notre temps et voir comment les varsoviens se réapproprient le quartier de Praga.

En route pour la Soho Factory !

Cette ancienne usine, d’abord de munitions puis de motos, a été reconvertie au début des années 2000 en un espace unique à Varsovie où se côtoient art contemporain, manifestations culturelles, ateliers de mode, de design ou d’architecture, start up innovantes et restaurants, qu’ils soient gastronomiques ou végan. Le weekend, un marché de producteurs investit le site où se pressent les varsoviens branchés.
Sur recommandation de nos amis polonais, nous avons dîné en amoureux au restaurant WARSZAWA WSCHODNIA du jeune chef polonais Mateusz Gessler. Dans une ambiance feutrée, au son d’un étonnant piano baleine, on a découvert une table jeune et inventive, d’inspiration franco-polonaise, plutôt haut de gamme pour la Pologne tant en termes de service, que de prix (environ 40€ le menu hors boissons /personne). Attention, l’adresse est courue et la réservation obligatoire ! Nous, on y reviendra assurément !

Retour rond-point Charles de Gaulle (rondo Charla de Gaulla : et oui, en polonais même les noms propres se déclinent !), l’escapade varsovienne touche à sa fin… Reste une question sans réponse : qu’est ce que le grand Charles vient faire ici, à presque 1600 km de Paris ? Et pourquoi ce palmier géant lui tient compagnie, sous la neige de janvier ?
Au risque de vous décevoir, le palmier est un faux… mais une vraie œuvre d’art de l’artiste Joanna Rajkowska. Et il n’a fondamentalement rien à voir avec Charles de Gaulle. Disons qu’il s’agit simplement d’une curiosité de plus dans le paysage de la ville, un symbole de plus.

le rond-point du palmier et charles de gaulle a varsovie

Quant à De Gaulle, sa statue est une réplique de l’œuvre de Jean Cardot située sur les Champs Elysées. C’est le témoignage de l’attachement des polonais à cette figure de l’histoire française qui a participé, au lendemain de la première Guerre Mondiale à une mission militaire visant à soutenir l’état-major polonais, tout juste reconstitué, et qui a été, en 1967, le premier chef d’Etat occidental à se rendre en visite officielle en Pologne, en pleine guerre froide.

Il n’en fallait pas plus pour nous assurer, Lui et moi, qu’entre la France et la Pologne, l’histoire d’amour n’était pas prête de s’arrêter.
Notre histoire de voyages non plus.

Szczesliwego nowego roku w Waszawie ! (Bonne année à Varsovie)

varovie capitale de la pologne

A PROPOS DE L’AUTEUR : ELLE


Je dis souvent que je me sens comme une polonaise en France et une française en Pologne. C’est sans doute ça et Lui qui font que j’aime autant changer d’air.
La petite trentaine, je suis la compagne de voyage ennuyeuse : je ne suis pas une grande sportive, en particulier quand il s’agit de crapahuter en milieu naturel loin de toute trace de civilisation, j’aime faire des musées mais à condition de prendre le temps de lire le moindre petit écriteau explicatif, je me régale de petites anecdotes historiques et je n’ai ni sens de l’orientation, ni de l’humour.

Enfin, il y a un célèbre proverbe polonais qui dit en anglais « A hungry Pole is an angry Pole ». C’est pas Lui qui le contredira !