Des villages de pierre perchés sur des collines verdoyantes, avec des cyprès pour seuls remparts… Ces quelques mots résument assez bien notre immersion au cœur de la Toscane, dans la très belle région de Sienne.

En quête d’un peu de calme, nous avons quitté la riche et bouillonnante Florence dans le courant de la journée, sans savoir que notre road trip en Toscane allait prendre des airs de « Dolce Vita ». Cliché ? Peut-être mais tellement fidèle à notre ressenti.
Au programme : Sienne la sublime, le Val d’Orcia et ses villages perchés et San Giminiano et ses tours médiévales.

Sur la route du Chianti

On a préféré prendre la route nationale pour rejoindre Sienne et on s’est vite rendu compte, qu’on avait fait le bon choix.
La route du Chianti, ou Chiantigiana, tient son nom du vin du cru. On ne va pas en faire la promotion : sa notoriété n’est plus à faire. Mais c’est aussi et surtout une des plus charmantes routes de la péninsule italienne.
A peine sortie de Florence, par le Sud, la route serpente à travers les douces collines toscanes, les vignes à perte de vue de Chianti (un vin portant la mention DOP, Denominazione di Origine Protetta c’est-à-dire l’équivalent de nos AOC françaises).
Clairement, la beauté des paysages naturels, la multitude de villages perchés, les vignes et les champs d’oliviers qui se succèdent ne poussent pas à la vitesse.

la toscane près de sienne

On a eu la chance de goûter à ce moment par une belle journée ensoleillée et les températures printanières nous ont encouragé à savourer chaque kilomètre parcouru, au son d’une playlist faite de standards italiens. Le défi était surtout de ne pas quitter des yeux trop longtemps la route parfois étroite et souvent sinueuse.
Des pauses « photographiques » se sont vite imposées et d’autres, qui n’avaient pourtant rien à voir avec la capture d’images :

« Chéri, je crois que je me suis faite piquer par un « animal » !

Il faut savoir une chose : pour Elle, aussi bien une fourmi qu’une araignée ou un éléphant sont des « animaux ». Alors oui, sur son dos, il y avait bien une trace de morsure, boursoufflée et rouge, qui avait tendance à grossir à vue d’œil. Inquiets au début, on en a heureusement vite ri et la musique de « La chèvre » de Vladimir Costa a résonné comme un écho dans la campagne environnante. Miss Pierre Richard, son petit surnom pour l’occasion, s’était-elle faite agresser par le célèbre moustique toscan, féroce et avide de chair étrangère ? Dans le doute, nous avons mis l’évènement à son crédit et, après quelques minutes passées à scruter son dos, on a repris notre route.

De Greve in Chianti à Montefioralle en passant par Volpaia ou encore Castellina in Chianti, les découvertes sont nombreuses et les villages plus prometteurs les uns que les autres. On aurait aimé faire une halte dans chaque bourgade traversée mais l’itinéraire entre Florence et Sienne affiche une telle profusion de villages qu’il nous a fallu faire des choix. Le nôtre ce jour-là a été de rejoindre sans trop tarder Sienne.
Voulant passer quelques nuits dans la sublime cité de Sienne, à une heure de l’arrivée, nous n’avions toujours pas d’hébergement pour la nuit. Une scrupuleuse prospection s’imposait et Elle, qui s’était si bien illustrée lors de notre passage à Florence pour nous trouver un lit douillet, ne trouvait l’inspiration. La quête du lieu d’exception s’éternisait et, gentleman, j’ai fini par prendre part à la partie de chasse au bon plan hôtelier.
Après tout, elle était peut-être diminuée à cause du moustique qui avait fait irruption dans sa vie quelques minutes plus tôt ?
Sans vouloir me vanter, j’aurais mérité de recevoir sur la tête les lauriers de César (en Italie, ça se tient), pour avoir dégotté la perle de notre séjour dans la belle province. Il faut que je vous raconte…

« Il n’est pas de voyage plus beau que celui qui n’est pas préparé à l’avance » Lui.

La Villa Cambi, une demeure d’exception

Située à quelques minutes de Sienne, perchée sur une colline faisant face à la cité historique, en pleine campagne toscane, la VILLA CAMBI est un véritable petit joyau serti de vignobles, héritage d’un passé vieux de plus de 900 ans.
La bâtisse, un château datant du XIIème siècle, le Castel Di Pugna, comprend trois grandes chambres décorées sur des thèmes différents. Une longue allée de cyprès mène à la belle demeure et ni une ni deux, on se retrouve alors au milieu des oliviers, à contempler le panorama sur Sienne qui est tout simplement hallucinant.

la villa cambi a sienne

Aux abords du château, la nature est omniprésente, des pieds de vigne ondulent sur les pentes des collines, les murs de pierre sont couverts de lierre grimpant et la piscine apparait comme une oasis inespérée en cette journée torride.
On a même eu droit à une visite gratuite des installations viticoles, avec foule d’explications sur le processus d’élaboration du Chianti. Le tout en français, s’il vous plait !

les vignes de la villa cambi a sienne

Ma polonaise, amoureuse de bons vins, ne s’est pas faite prier pour pendre part à une dégustation improvisée du Chianti du domaine sur la grande terrasse du château, accompagné de pain grillé arrosé de l’huile d’olive produite sur place, le tout généreusement offert par nos hôtes. Un vrai bon moment de détente, au calme, sous un soleil couchant…
A ceux qui comme nous répondront à l’appel de la Villa Cambi, on recommande chaudement de se laisser tenter par l’achat de quelques bouteilles de Chianti classico et de quelques litres d’huile d’olive, douce et fruitée à souhait.
A peine l’apéro fini, en rejoignant notre chambre blanche, on rêvait déjà aux découvertes à venir. Elles allaient tenir toutes leurs promesses à Sienne.

l'hôtel cambi a sienne

Sienne, la médiévale

Idéalement située au cœur des plus belles vallées toscane, point de départ d’excursions qui mènent à travers champs à la découverte des villages perchés, Sienne, la cité rouge, regorge de palais aux façades médiévales, de ruelles étroites et de places où il fait bon prendre son temps.
La belle toscane est une petite ville à taille humaine. Contrairement aux grandes villes qui se découvrent par quartiers, Sienne se laisse apprivoiser dans son ensemble, en une grosse journée de visite.
On a été séduit dès notre arrivée.

sienne en toscane, l'italie

Après les hordes de touristes rencontrées à Florence, retrouver une ambiance plus légère ne nous a pas dérangé, bien au contraire. Malgré sa forte attractivité, la petite cité ne fait pas toujours partie du catalogue des tour-opérateurs. Bien sûr, on croise des groupes, mais les visiteurs s’y rendent le plus souvent en voiture individuelle, l’aéroport le plus proche étant celui de Florence à 70 kilomètres. L’accès au cœur de ville est naturellement interdit aux voitures touristiques et les visiteurs sont invités à se garer dans un des grands parkings situés en contrebas de la cité, et de rejoindre la partie haute de la ville en escalator. Pratique !
Des trois collines qui forment son socle, le bourg historique offre de beaux points de vue sur la campagne alentour : nous comptions tous les faire mais avant cela, obligation de s’arrêter sur le parvis d’un des joyaux de la ville : le DUOMO DI SIENNA.
Ne vous laissez pas impressionner par la file d’attente, le service d’accueil est très bien organisé, et tout est mis en place pour vous orienter au mieux. Ça va assez vite et la visite est un incontournable absolu.

duomo de sienne

Le Duomo, la merveille de Sienne

La cathédrale Duomo di Santa Maria Assunta vaut à elle seule le déplacement. Sa façade extérieure en harmonie de marbres est un véritable bijou d’architecture. A l’intérieur, on est bluffé par des perspectives sans cesse renouvelées, un pavement de marbre unique au monde, une chaire sculptée de Nicola Pisano. On ne sait plus où poser les yeux. Une pure merveille !
Son allure extérieure fait écho à son faste intérieur, révélation du génie italien.
Mon cher binôme, qui a souvent eu l’occasion de visiter des monuments religieux, en a eu le souffle coupé et impossible de ne pas voir que son allure extérieure fait parfaitement écho au faste de son intérieur. On est loin du Duomo de Florence, si vide en comparaison !

la cathedrale de sienne

L’Italie est un pays très catholique où les règles de bonne conduite à l’intérieur des édifices religieux sont scrupuleuses et on ne manquera pas de vous les faire respecter. Exit donc les mini jupes, mini shorts et mini t-shirts mais pas de panique : pour les visites de la cathédrale en été, des foulards en papier sont à disposition gratuitement à l’entrée pour se couvrir les épaules, jambes nues, etc.
Ne manquez pas la superbe bibliothèque Piccolomini à l’intérieur de la cathédrale qui vaut surtout pour ses volumes magnifiques où s’exposent les fresques de Pinturicchio et son atelier.

cathedrale de sienne, le duomo

On a fini par le Museo dell’Opera Metropolitana del Duomo, avec, comme point d’orgue de la visite, le Facciatone. Cette façade inachevée couronne le musée et des escaliers étroits permettent d’atteindre son sommet. Au bout de la montée : un magnifique panorama sur la campagne siennoise et les principaux monuments de la ville, tels que le Palazzo Pubblico et la Piazza del Campo. Impressionnant !

duomo de sienne

On a vécu un moment magique en haut de l’édifice : un musicien de rue qui avait pris place sous l’arche du Duomo, jouait de grands airs d’opéra au violon. Il fait beau, la musique nous envoute, on est bien !
Petite précision pour les claustrophobes : l’accès au sommet répond à des règles de sécurité bien respectées par le service d’accueil, aucun danger et peu d’attente. Bravo !
Comptez 20 euros le « Pass Opa » pour la totalité de la visite à savoir : la Cathédrale, le musée et le panorama du Facciatone, la crypte et le baptistère.

panorama de sienne

Vous l’aurez compris, on est tombé amoureux de la cathédrale. On pourrait en parler pendant des heures (ou presque) mais les modestes amateurs d’histoire et d’art religieux que nous sommes laissent volontiers le soin de conter les merveilles et les secrets du sublime monument aux spécialistes.

La Piazza del Campo, le cœur vibrant de Sienne

C’est un vrai plaisir de déambuler dans les ruelles sinueuses et ombragées de la belle médiévale. Sienne prend la pose pour le plus grand bonheur des photographes, objectifs fermement vissés sur leur boîtier, en mode grand angle pour sublimer les points de vue étonnants, ou en zoomant pour dévoiler l’expression des façades rouges.

les rues médiévales de sienne

Premier constat d’ordre architectural : la cité est harmonieuse. On a vraiment l’impression d’évoluer dans un décor du moyen âge qu’aucun studio de cinéma n’arrivera jamais à égaler, de par son authenticité et son homogénéité : c’est pittoresque et on adore !
On se perd avec plaisir dans ce dédalle de ruelles, labyrinthe improvisé où le temps n’a plus prise. Hasard des choses ou volonté divine, on se retrouve devant la VECCHIA TAVERNA DI BACCO à l’heure du repas : accueil chaleureux, spécialités locales, bon vin, rien à redire !

Arrivée sur la Piazza del Campo : c’est beau, c’est grand, c’est plein de monde….

la piazza del campo a sienne

Pour apprécier le lieu au mieux, on trouve une place à la terrasse du Caffé Naninni et, une fois n’est pas coutume, on fait une infidélité au Chianti, en se rafraîchissant avec nos premiers mojitos de l’année.
Avec sa forme caractéristique de coquille, la Piazza del Campo est l’une des plus belles et des plus célèbres places d’Italie. C’est notamment au Palio que la fameuse place doit sa popularité : l’évènement sportif le plus célèbre d’Italie. Concrètement, il s’agit d’une course de chevaux montés à cru. Chaque cavalier représente l’un des 17 quartiers de la ville, mais seulement dix sont tirés au sort pour prendre part à la compétition. Lors de la course, tous les coups sont permis au point qu’il n’est pas rare de voir un cheval terminer la course tout seul.
Pour la petite anecdote, le Comte Luigi Alberto Fumi Cambi Gado, propriétaire du château dans lequel nous avons séjourné à Sienne, a participé avec succès à la course dans ses jeunes années. Comme quoi tout est lié.
Ce mojito pris sur la « tribune des chiens » (nom donné à la place par les habitants le temps du Palio) m’a donné des ailes… mais c’est bel et bien à pieds et seul que je vais gravir les quelques 300 marches pour atteindre le sommet de la Torre del Mangia.

la torre del mangio a sienne

Elle n’a pas osé tenter l’expérience, toujours échaudée par l’ascension difficile du Campanile du Duomo de Florence, ou alors est-ce parce que le mojito n’a pas eu le même effet sur sa motivation… on ne le saura jamais !
Accolée à l’Hôtel de Ville gothique le Palazzo Pubblico, aujourd’hui musée municipal abritant des centaines d’œuvres de l’école siennoise, la Torre del Mangia, avec ses 102 mètres de haut, domine la vieille ville et offre une vue spectaculaire sur les toits siennois. Il est impératif de monter tout en haut de la tour même si les étages intermédiaires offrent déjà de belles vues sur la Piazza del Campo et les bâtiments qui la bordent. La montée se fait sans trop de mal et une formidable récompense vous attend en arrivant en haut : une vue époustouflante sur la ville et la campagne toscane, tous les monuments à portée de regard, ou plutôt d’objectif, pour ma part. La vue plongeante sur la Piazza del campo, la perspective sur le Duomo ou encore l’imposante Basilique de San Domenico composent à la perfection le tableau où j’existe.

la piazza del campo a sienne rassemblement de ferrari a sienne

Seul au sommet, ma quiétude est interrompue par un halètement puissant. Je crois reconnaître le souffle de ma bisonne polonaise et je me réjouis d’avance de la voir me rejoindre. Je me retourne. Désillusion ! Ce ne sont que deux couples qui atteignent à leur tour le sommet, complètement rincés. Me voulant sympathique, je leur demande : « Va tutto bene ? ». Et eux de me répondre : « On ne vous comprend pas, désolé ». Ah ! des français ! On échange quelques mots sur nos talents linguistiques respectifs avec ces compatriotes partis de Toulouse pour visiter Sienne, avant qu’ils ne me confessent que le sport, pour eux, c’est seulement devant le petit écran. Je m’en serais douté !
De retour auprès de mon amour de lâcheuse et de son mojito, je suggère la visite de la grande Basilique de San Domenico, observée depuis le haut de la Torre del Mangio. Elle ne dit jamais non à une visite d’église, ni à Sienne ni ailleurs.

la basilique san domenico a sienne

La basilique est imposante bien qu’un peu vide mais le quartier est animé et la visite est gratuite. Chose étonnante, on y admire les oriflammes des différentes équipes du Palio mais on est loin de l’incontournable. Reste que San Domenico est placée sur une colline et qu’elle offre encore une fois une très belle vue générale de Sienne.
Le soir venu, c’est un peu par hasard qu’on a dîné dans un lieu atypique qui vaut le détour : L’ANTICA OSTERIA DA DIVO. Ce restaurant typiquement toscan, situé dans une petite rue discrète, la Via Franciosa, propose une cuisine traditionnelle de bonne facture. Attention, les prix sont assez élevés et le service est attentif bien légèrement guindé. Le charme du lieu réside surtout dans le fait qu’elle se trouve dans d’anciennes grottes souterraines, sur lesquelles repose la base de la cathédrale du Duomo. Pittoresque et romantique !

les rues de sienne

La ville de Sienne suscite une incroyable fascination à laquelle il est difficile de se soustraire au moment de la quitter.
Demain, la campagne toscane nous appelle : autres lieux, autres découvertes mais même enchantement.

vue de sienne en toscane

Le Val D’Orcia et ses villages pittoresques

On s’est vite rendu compte que le temps allait nous manquer pour tout voir et on a tellement aimé Sienne, ses environs et notre pied à terre qu’on a décidé de prolonger notre séjour à la Villa Cambi de deux nuits. Ne rien prévoir, ne rien réserver, ça a ça de bon qu’on peut prendre des libertés avec le calendrier.
Au petit matin, on n’y tenait plus, excités comme des gosses un jour de départ en vacances. Au programme : la découverte des petits villages pittoresques qui jalonnent la campagne toscane. Roulant toutes fenêtres ouvertes pour profiter au maximum des senteurs printanières, nous avons fait le choix de nous arrêter au gré de nos envies et de nos coups de cœur. Notre première halte a été Buonconvento.

buonconvento en toscane près de sienne

Le petit bourg médiéval de Buonconvento est typique des villages toscans qu’on trouve au sud de Sienne. D’imposants remparts de pierres assurent la tranquillité du lieu et attisent la curiosité du visiteur qui s’arrêtera, à coup sûr, pour découvrir ses ruelles pittoresques. N’y cherchez pas de boutiques de souvenirs, de restaurants à touristes ni même de bureau de tabac : il n’y en a pas, et c’est tant mieux. Une pause-café plus tard, on cède à l’appel de la route vers une destination encore plus originale.

Le village de Montalcino ne manque pas de caractère. La cité médiévale fortifiée domine du haut de sa colline une vaste plaine. Au sommet se trouve une impressionnante forteresse du XIVème siècle qu’on a visité. Très bien conservée, ce n’est pas pour autant un incontournable. Etonnant : dans la cour intérieure, un bar sert des rafraîchissements tandis que l’ancienne salle des gardes propose les vins locaux à la vente. On aurait adoré, surtout Elle, se prêter à une dégustation de Brunello, le vin rouge dont Montalcino s’honore d’être la capitale. Mais les chaleurs excessives de la matinée, les estomacs vides et la route qu’on s’était promis de faire jusqu’au soir a freiné nos ardeurs. On s’est contenté d’acheter à l’aveugle quelques bouteilles du cru toscan chez un caviste de la ville, des bouteilles qui n’ont pas fait long feu à notre retour mais ne nous ont pas laissé un souvenir impérissable non plus.

montalcino près de sienne en toscane le fort de montalcino dans la région de sienne

Quoi qu’il en soit, arpenter les ruelles de ce village sympathique en se fondant presque dans le décor loin des flots de touristes a été un moment agréable au point de rester y déjeuner. Quelques tables sous un passage vouté : l’Alle Logge Di Piazza et ses planches de charcuteries du pays, ses spécialités locales et ses salades composées a été une très bonne adresse. Avec un patron très sympa en prime et une note tout à fait raisonnable.

montalcino en toscane, sienne

En quittant Montalcino, on a fait le détour par l’ABBAYE ROMANE DE SANT’ANTIMO. Une belle découverte de dernière minute entre oliviers, vignes et cyprès qu’on recommande.

l'abbaye de sant'antimmo en toscane près de sienne

Le concept de road-trip prenait tout son sens. Se perdre, se laisser porter, rouler sans but précis parce qu’on s’attend à trouver du beau de toute façon. C’est dans cet état d’esprit qu’on a vécu un moment inattendu.
On roule, toujours, quand un paysage m’interpelle. Mon regard se détourne de la route, mon attention n’est plus tout à fait à ce que je fais. Ma douce m’invite (pour ne pas dire m’impose) de m’arrêter pour immortaliser une vue digne d’une carte postale. Je me gare sur le bas-côté et cherche le meilleur angle pour prendre « the » photo quand une voiture quitte la route à vive allure et vient nous frôler. J’allais me mettre à râler, en français et pourquoi pas en italien, quand un homme a bondi de la voiture, les bras levés au ciel en criant « Amazing !». J’étais définitivement prêt à le cataloguer dans la catégorie « possédé » jusqu’à ce que je voie sa plaque d’immatriculation et que je me mette à sourire de bon cœur : un polonais ! Ni une, ni deux, ma co-équipière saute sur l’occasion d’échanger quelques mots dans sa langue natale avec un couple de compatriotes. Sans eux et leur exaltation « xxl » on aurait mis un moment à savoir que la photo que je m’apprêtais à prendre était celle de la Capella Della Madonna de Vitaleta : une petite chapelle célébrissime, presque un symbole à elle seule de la Toscane !

la chapelle de la madonne de vitaleta près de sienne en toscane

Une rencontre improbable au bord de la route, entre voyageurs fuyant le bruit et le monde des grandes villes (Florence pour nous, Rome pour eux), autour d’un joyau toscan. Une parenthèse vraiment sympathique qui me fait me dire encore une fois que depuis que je partage la vie d’une polonaise, je rencontre des polonais partout !
Concrètement, la Chapelle de la Madone de Vitaleta, son nom en français, est sans contexte l’icône de la région du Val d’Orcia classée au patrimoine mondial de l’Unesco pour la beauté de ses paysages. Elle s’admire depuis la route entre San Quirico à Montichiello mais ne se visite pas. On peut seulement l’approcher à pied par un chemin rural mais elle vaut le coup d’œil.

campagne toscane a sienne

Pienza ne faisait pas partie de notre liste d’immanquables. Notre halte a été influencée par notre rencontre avec le fameux couple polonais qui s’y rendait et qui nous a conseillé de nous y arrêter.
Pour l’anecdote, Pienza a accueilli le tournage de Gladiator, de Ridley Scott mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle il est judicieux d’y faire une escale. Le village est situé dans un endroit idyllique, surplombant le Val d’Orcia, dévoilant encore une fois de très beaux panoramas sur la campagne toscane. Les édifices les plus importants siègent sur la Piazza Pio II : la cathédrale, le Palais Piccolomini, l’Hôtel de Ville, le Palais de l’évêque et le Palais Ammannati, sont autant de superbes monuments pour une si petite ville, c’est assez surprenant.
On vous conseille la visite de la vieille ville. Comme nous, laissez-vous tenter par un jus de citron sur une des nombreuses terrasses pittoresques du vieux centre. Vous ne le regretterez pas !

pienza près de sienne en toscane

Le temps nous manque. Les aiguilles s’affolent toujours lorsque c’est beau et que l’ennui ne trouve pas sa place. Vite, direction Montepulciano pour profiter du couché de soleil. Après la visite de l’église de San Bagio, la soirée allait nous réserver une surprise mémorable.

montepulciano en toscane dans la région de sienne

Montepulciano : village de pierre, de musique et de vins

On a dû faire la visite du village se fait au pas de course. Il était tard et notre solitude au cœur du centre ancien nous désoriente une peu. On a beau fuir la foule, on ne s’étonne pas pour autant d’être les seuls touristes à flâner dans les rues. Passée la découverte du centre historique dominé par sa forteresse, du palais Communal, de la Cathédrale de Santa Maria Assunta et de la Piazza delle Erbe, on se met en recherche d’un restaurant pour dîner.

montepulciano et son vin dans la région de sienne en toscane montepulciano près de sienne en toscane

Nous voulions clôturer cette journée exceptionnelle de la plus belle manière possible. Alors on a fini par trouver et on n’a pas été déçus, mais pas pour les raisons que vous pensez.
Le RISTORANTE DEGLI ARCHI est situé sur la Piazzetta di San Cristofano, comme son nom l’indique, l’entrée et la terrasse se trouvent sous un passage couvert, avec des arches. En comparaison avec les restaurants qu’on avait l’habitude de trouver au gré de nos pérégrinations en toscane, l’établissement est très grand, avec une déco éclectique et très chargée (pour ne pas dire carrément kitch), et dispose d’un balcon qui offre vue panoramique sur la campagne environnante. Le hic quand on y pénètre, c’est que c’est totalement vide. Pas le temps de se poser de questions : deux jeunes serveurs se précipitent sur nous et nous accueillent chaleureusement mais non sans maladresse. On commence à se dire que tout ça est très suspect quand arrive le patron, un grand Monsieur, avec un physique à la Depardieu, portant le verbe haut et fort et doté d’un charisme évident… tout en étant une source de stress évidente pour ses jeunes employés. Autant on se voyait bien fausser compagnie aux deux jeunes, autant là…
Piero, c’est son prénom, vient nous saluer avec enthousiasme, comme les italiens savent si bien le faire, et se lance dans une explication dans un français approximatif, ponctuée à grands coups de superlatifs. Comment ? On ignore qu’on se trouve dans le meilleur restaurant italien de la botte ?! Très sérieux, il nous sort la preuve ultime : un vieux « grimoire » dérivé du guide Michelin italien dont la reliure avoisine les cent ans, et pointe du doigt les 8 lignes consacrées à son restaurant, assortie d’au moins autant d’étoiles.
Elle et moi nous nous regardons, un sourire aux lèvres… je n’en dirai pas plus. Piégés, nous décidons de passer commande, espérant que le contenu de l’assiette soit plus convainquant que Piero et son bouquin. Une heure interminable à attendre des plats… On se rassure en se disant que ça doit être fait maison pour prendre autant de temps et on prend notre mal en patience à grand renfort de verres de Montepulciano et de charcuteries de qualité toute relative, dans un resto toujours aussi vide qu’à notre arrivée. En plein fou rire sur la situation, un couple d’anglais nous rejoint. Eux aussi se sont engouffrés dans l’antre de la bête mais, malins, ils grignotent des biscuits planqués dans leur sac en attendant l’arrivée tout aussi tardive de leur commande.
On était à deux doigts de demander la note et de nous enfuir pour rejoindre notre chambre à Villa Cambi, à plus d’une heure de route quand même (on aurait bien fini par trouver un drive sur la route) quand quelque chose d’encore plus improbable s’est produit.
Un petit groupe d’une quinzaine de jeunes musiciens, instruments sur le dos, se présentent à la porte du restaurant. Le truculant Piero s’enflamme et les invite à venir s’installer à l’intérieur, près de notre table. C’est un véritable défilé. On se regarde et on ne trouve pas les mots. Elle se demande : « Mais on est tombé où ? »
Une vingtaine de personnes, de simples spectateurs, nous rejoignent et prennent place sur des chaises tout autour des musiciens, et en un clin d’œil on est passé de restaurant presque vide à salle de cabaret bondée. Elle rit à en pleurer… de faim, de désespoir et d’incompréhension. Je demande à notre hôte, dans un italien improvisé, ce qui se passe et Piero m’explique, avec une certaine fierté, que ses jeunes musiciens sont allemands et suisses, en stage dans la prestigieuse école de musique et d’art fondée à la suite d’un festival de musique classique dans les années 70 et qu’ils viennent répéter régulièrement dans son restaurant.
Piano, violon, contrebasse, flûte, clarinette, guitare, aucun instrument ne manque à l’appel et on assiste incrédules à un concert improvisé fait de musique classique, de chant, d’improvisations et de morceaux plus récents. On se dit qu’on a faim mais qu’on a de la chance d’être là, que c’est improbable et génial à la fois. Piero, l’inconditionnel passionné, n’a pas hésité à poser une chaise devant la scène fictive. Il est happé par l’ambiance, il se lève, il tape dans ses mains, il rit à pleines dents va même jusqu’à pousser la chansonnette avec sa voix puissante de ténor. Cet homme a manqué sa vocation… le contenu des assiettes qu’on a fini par nous servir n’a fait que le confirmer. Un conseil : fuyez comme la peste les pasta au ragout de sanglier au poivre à moins que vous n’aimiez plus le poivre que les pasta, le ragout et le sanglier réunis !


On savoure l’instant et on rit, les yeux remplis d’émotion : ces jeunes musiciens sont exceptionnels. En fin de compte, on a même pris desserts, vins, digestifs et cocktails et on a quitté Piero qu’au milieu de la nuit… avec la certitude d’avoir mal mangé mais d’avoir passé une soirée formidable !

coucher de solein en toscane a sienne

Le lendemain, il est temps de quitter la Villa Cambi, en se promettant d’y revenir un jour.
Dernière destination avant d’arriver sur la côte toscane, le village de San Giminiano se trouve sur le tracé qui relie Sienne à Lucques, au nord-ouest de la région.

San Giminiano, le Manhattan toscan

Bien que seulement quatorze tours aient survécu par-delà les siècles, San Gimignano a conservé son atmosphère médiévale. Les édifices aux bases carrées, aux hauteurs impressionnantes pour l’époque invitent à la comparaison aux gratte-ciels modernes. Leurs silhouettes qui se découpent sur le ciel apportent un cachet incomparable au village.

san giminiano en toscane près de sienne les rues médiévales de san giminiano en toscane près de sienne san giminiano près de sienne

San Giminiano est sans aucun doute le bourg le plus fascinant du cœur de la Toscane. La Piazza del Duomo, la Piazza della cisterna, le Palazzo del Podestà, le Palazzon del Popolo ou encore la Via San Giovanni, l’atmosphère est magique ici. On respire l’histoire, on remonte le temps, dans une alternance de palais et tours majestueuses pour le plus grand plaisir des nombreux touristes ayant fait la route.
Point d’orgue de la découverte du village : la GELATERIA DONDOLI, sacré meilleur glacier au monde de 2006 à 2009. Excellentissime ! La queue de gourmands qui déborde de la modeste boutique du glacier et s’étend sur la place est impressionnante mais elle vaut la peine d’être faite.

san giminano à sienne

Après la visite du Duomo de San Giminiano, incontournable pour 4 euros seulement, il est déjà l’heure de reprendre la route vers Lucques, prochaine étape de notre road-trip en Toscane…

Lire la suite de notre road-trip vers Pise et l’Île d’Elbe…

coucher de soleil à sienne