Après Florence la fougueuse et Sienne la médiévale, on part à la découverte du littoral toscan, de Lucques à l’Ile d’Elbe en passant par Pise.
La route qui mène à Lucques depuis San Giminiano n’est pas très agréable. Ayant fait la route du Chianti quelques jours auparavant, on ne retrouve pas les mêmes sensations de quiétude.
Arrivée à Lucques : passées les barres d’immeubles périphériques, des remparts se dévoilent à nous.

Lucques la cité antique entre pise et elbe

Lucques, l’oubliée

L’ancienne forteresse ne laisse en rien présager son centre antique. Il faudra stationner en dehors des murs d’enceinte, pour rejoindre la maison d’hôtes réservée sur le trajet, fidèles à nos habitudes.
Un quart d’heure plus tard, on est au pied de l’ANTICA RESIDENZA DELL’ANGELO.
Accueil chaleureux de la gérante. L’établissement ressemble à une grosse maison bourgeoise divisée en plusieurs pièces à vivre. On accède à notre chambre, au 3ème étage, par une série d’escaliers assez raides. Pas d’ascenseur. Mais le coup de pédale se révèle payant. Un grand salon, lumineux et commun aux résidents, dessert trois chambres. La notre est spacieuse, confortable et bien décorée. La salle de bain avec douche à l’italienne nous séduit par son espace. La grande terrasse (elle aussi commune aux 3 chambres) est exceptionnelle.

l'hôtel de lucques entre pise et elbe

La vue sur la Piazza San Michele et l’église San Michele in Foro y est magnifique. On recommande vivement l’établissement mais un conseil : étant donné qu’il s’agit d’une maison d’hôtes, les heures d’arrivée sont encadrées et une fois la deadline passée, il n’y aura personne pour vous accueillir (c’est arrivé à un groupe d’américains qu’on a croisé et pour lequel on a rien pu faire).
Premiers pas dans la cité fortifiée. La ville, classée au patrimoine de l’Unesco, possède mille richesses et pourtant peu de touristes. La cité antique n’a sans doute pas la notoriété de ses ainées toscanes. Etrangement, nous apprécions vraiment le calme et l’ambiance décontractée qui règne ici. La balade dans les petites rues piétonnes n’est que légèreté. Au rythme ralenti de nos pas fait écho le plaisir de prendre le temps de flâner sans itinéraire précis.

les ruelles de lucques

Le centre historique a conservé son aspect médiéval grâce aux vieux remparts et aux nombreuses églises. Lucca, en italien, est aussi connue comme la ville aux cent églises. Les majestueux palais Renaissance n’y sont pas de reste.
Ma belle est séduite. L’étape à Lucques n’était pourtant qu’un prétexte à la visite de Pise, toute proche. Les hôtels y sont bon marché, l’ambiance légère. Une Italie plus profonde, moins déformée par le tourisme de masse. On épingle le lieu comme incontournable !
Passage devant la tour de l’Horloge, la plus haute de la ville. Cinquante mètres. La Torre Guinigi la talonne, coiffée de chênes verts. Original.

la tour de lucques

Prélude à notre itinéraire vers l’île d’Elbe, la Piazza Napoléone. Direction la Via Roma, plus commerçante. Echoppe et boutiques à l’ancienne, pizzerias… Il est d’ailleurs temps de dîner. Ce sera fruits de mer dans le très distingué IL GRAMMOFONO. Service soigné, excellents plats, une carte qui sent bon le terroir. La musique d’ambiance accompagne cette partition gastronomique sans aucune fausse note.

la place principale de lucques anfiteatro

Petit déjeuner sur la terrasse de l’Antica residenza dell’Angelo et ultime rendez-vous avec la vieille cité.
Les nombreuses places méritent toutes un détour. La Piazza San Michele, c’est le cœur historique. La Piazza dell’Anfiteatro en rond de cercle, en lieu et place des ruines de l’ancien amphithéâtre romain. La Piazza del Giglio également nommée place du Théâtre. Enfin, la Piazza San Martino, berceau de la superbe cathédrale du même nom.

les monuments de lucques

Dernier café sur la place du 20 septembre, anciennement places aux herbes. Arrivederci, Lucca !

Pise, l’iconique

Tous les guides touristiques mentionnent obligatoirement Pise, la cité emblématique de l’Italie. Le célèbre campanile penché de la Cathédrale Notre-Dame de l’Assomption, c’est le monument national italien, leur Tour Eiffel à eux.

la tour de pise en italie

On en a tous entendu parler, vu en photo dans des livres, mais pas forcément visité. Ancré de belle manière dans l’imaginaire, le réel n’est pas toujours à la hauteur.
Le panneau annonçant la Piazza dei Miracoli inaugure l’entrée en ville. Difficile de stationner dans Pise. Des flots de touristes de toute nationalité débarquent des autocars qui se succèdent sans relâche sur les parkings aménagés. Insuffisants au demeurant. Un désordre routier envahit les ruelles alentours.
On finira par se garer au fond d’une impasse au bout de trente minutes.
Pas besoin de panneaux fléchés pour trouver la fameuse place. On suit le cortège de touristes. Telles les eaux d’un fleuve se jetant dans la mer, on touche au but.

la cour des miracles et la tour de ppise

C’est beau, certes, mais on est vite déçus. On a entendu parler de la célèbre tour depuis l’enfance, mais impossible de s’approprier le lieu. On doit le partager avec les milliers de visiteurs, se frayer un chemin entre les perches à selfies et accepter de se faire grogner dessus pour peu qu’on gêne un apprenti photographe dans le cadrage de la sempiternelle photo où il fait mine de supporter la tour penchée. Pire qu’à Florence.
Alors oui, on s’amuse de l’inclinaison de la tour de Pise. Oui, c’est un véritable symbole, qui supporte le poids de toute une ville. Et oui, c’est beau, très beau.
Abritant une des curiosités architecturales les plus emblématiques au monde, cette place attire les photographes de tous les pays. Les monuments qui l’entourent méritent également d’être immortalisés. L’ensemble formé est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco et ce n’est pas usurpé.

la tour de pise en toscane
la symbolique tour de pise en toscanela cour des miracles a pise en toscane

Les places pavées ornées de fontaines font la réputation de l’Italie, alors que la Piazza dei Miracoli arbore plutôt des vastes pelouses soigneusement entretenues et entourée de remparts antiques.
Usés par le slalom entre perches à selfies, on ne restera que quelques minutes sur la place. L’accès à la pelouse est gratuit, l’entrée des monuments payante. Trop de monde, on botte en touche. On a vu ce qu’on voulait.

pise en toscane

Un détour par le centre-ville s’impose.
On ne le sait pas forcément mais la célèbre silhouette penchée n’est pas le seul point d’intérêt de la ville. Pise regorge de monuments historiques. Sur la Piazza del Duomo, à deux pas de la tour penchée, on admire le dôme sculpté du Battistero. La transition entre style roman et style gothique est réussie.

pise et la tour en toscanela piazza dei cavalieri a pise

Commerces et restaurants se succèdent le long de la Via Carducci. L’artère nous conduit à l’Arno. Le fleuve coupe la ville en deux mais l’équilibre des bâtiments qui le bordent est respectée. Le Ponte di Mezzo en est le garant. Ainsi, le Palazzo Agostini et le Palazzo Blu se livrent à un duel de charme, chacun confortablement campé sur sa rive.

les quais de l'arno a pise

Immersion au cœur de la vie pisane. Le marché de la Piazza delle Vettovaglie, sur la rive nord de l’Arno, étale ses produits locaux : huile d’olive, champignons, truffes, salamis et jambons.
La gastronomie locale se compose de produits simples et bons. La spécialité de la ville : les picis. Ces épais spaghettis se cuisinent à toutes les sauces. Ils sont méconnus en France et vous serez sans doute tentés, comme nous, d’en ramener dans vos valises. Un constat : il est plus rapide de commander un plat de picis au restaurant que de les faire cuire à la maison. La boite indique 15 à 20 minutes de cuisson mais on n’a jamais réussi à en avaler qui aient cuit moins de 30 à 35 minutes. J’entends déjà les puristes s’écrier que c’est normal, parce qu’en Italie on les fait Al dente. Essayez et vous verrez !

le fleuve arno a piseles bords de l'arno a pise

La tour Guelfa de la Citadella Vecchia nous fait un dernier clin d’œil en guise d’au revoir depuis la rive sud de l’Arno. Dernier passage au retour par la cour des miracles.
La Piazza dei Miracoli se trouve en limite du centre historique de Pise et peut être visitée tous les jours. Elle est accessible à pied depuis le centre-ville. La visite de la Tour, 28 euros par personne, n’excède pas 30 minutes pour permettre au plus grand nombre d’y monter. Pensez à réserver.

« La Tour de Pise, c’est le comble du génie à l’italienne. Avoir transformé en attraction internationale un désastre architectural. » Lui

Pour tout dire on est un peu resté sur notre faim. Surtout Elle. Pise a tenu ses promesses, pas plus. La société contemporaine nous pousse sans doute à en vouloir plus que ce que l’on nous donne…
pise en toscane

La Toscane côté mer

Enfin la Grande Bleue. Depuis le départ du road-trip, elle nous avait manqué.
Arrivée à Livourne. L’attraction principale, c’est Venezia Nuova. Pas vraiment Venise. Mais les jolis bateaux de plaisance perdus dans ce dédale de canaux attirent le regard. Couronné par la Fortezza Vecchia, on s’arrête faire quelques clichés dans le quartier coloré. Pas plus…
La ville manque d’intérêt. Vieille ville ne rime par forcément avec charme et Livourne en manque cruellement. Façades à rafraichir, délabrement ambiant, port industriel : comme beaucoup de villes détruites lors de la seconde guerre mondiale, sa reconstruction a manqué d’audace. On ne s’attardera pas davantage…
La route qui file vers le sud dévoile quelques charmes cachés. La corniche de Livourne m’en rappelle une autre, bien plus jolie à mes yeux, la bien nommée « corniche Kennedy » à Marseille.
Pause fraîcheur à Rosignano. On nous a vanté les eaux turquoise de la Spiagge Bianche. Accès difficile, stationnement aisé, ce n’est pas encore la haute saison.

la plage blanche en toscane polluée

Le panorama est un régal, même pour les yeux d’un daltonien. Plage de sable fin et très blanc. Mer turquoise. L’envie d’un plongeon nous traverse l’esprit. Mal nous en aurait pris. Le phénomène est le résultat chimique des rejets de l’usine Solvay ! Les écologistes ont encore de beaux jours devant eux de ce côté de la Méditerranée.

Vendeurs ambulants de produits plus ou moins illicites et propreté dérisoire de la plage nous invitent à quitter le littoral. Cinquante kilomètres plus au sud, on apprécie la charmante plage de Baratti situé dans le Golfe du même nom.
On rejoint le port industriel de Piombino en début de soirée. Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
La capitainerie nous délivre un ticket pour deux personnes et un véhicule, direction l’Île d’Elbe.

le ferry vers elbe

Elbe, sur les pas de Napoléon Bonaparte

La traversée en ferry s’effectue en une heure. Le libeccio, un vent puissant qui sévit en Corse et dans le Golfe de Gêne, nous porte avec enthousiasme. Le bateau tangue. Assis sur les bancs du pont supérieur, on assiste au spectacle des éléments, une veste sur les épaules, les cheveux au vent.
La nuit n’est pas encore tombée lorsque l’embarcation approche des côtes. On admire le coucher de soleil en arrivant à Portoferraio. Le soleil sublime les ocres des roches au-dessus du petit port de pêche. Et Elle ne peut s’empêcher de se demander ce que Napoléon a dû éprouver à l’heure de l’accostage, quelques 200 ans plus tôt.

l'île d'elbe en toscane

Elle me sourit, radieuse après cette traversée. Son amour pour la mer, ajouté à la dimension historique du lieu, il n’en faut pas davantage pour la séduire.
La référence à l’Île d’Elbe, c’est Napoléon Bonaparte. Un lieu chargé d’histoire où l’empereur déchu goûta à la solitude avant de revenir, triomphant à Paris au cours d’un périple sur ce que les historiens nommeront des années plus tard « la route Napoléon ».

portoferraio en toscane, ile d'elbe

Ce n’est pas tout, mais le temps de débarquer notre véhicule du ventre du navire et nous voilà en route vers notre nid douillet. Réservé sur un quai de Piombino, on ne savait pas à quoi s’attendre. Mais je peux me réjouir, la polonaise a bien récupéré toutes ses facultés de dénicheuse d’hôtels à la suite de son traumatisme animalier (cf. la route du Chianti).
L’HOTEL PARADISO, c’est un peu comme le Camping Paradis mais en version italienne. Adossé aux pentes d’une colline, on a l’étrange impression que la nuit va se finir sous une tente Quechua. La surprise réside dans le fait que l’hôtel a aménagé son espace à la manière d’un camping de bungalows. La chambre est confortable mais sans charme ni extras. La vue sur la mer est quant à elle époustouflante. Le caractère balnéaire du lieu nous séduit. Bonne pioche !

l'ile d'elbe en toscane

Le petit déjeuner en terrasse est un vrai plaisir. Le ciel est dégagé, le regard porte loin. On se plait à deviner les côtes corses. Absolument génial.
Rien ne dure. Des nuages assombrissent le ciel de nos vacances : nous ne sortirons pas les maillots de bain malgré des températures clémentes.
Elle m’avait proposé la veille de marcher sur les pas de Napoléon si l’occasion se présentait. L’occasion faisant le larron, direction la demeure de Bonaparte durant son exil.

la villa dei mulini, demeure de napoleon sur l'ile d'elbe

Bien que les insulaires n’éprouve pas le même enthousiasme que les corses pour l’empereur, il n’en demeure pas moins omniprésent : musées, places, rues, statues et monuments, il est partout sur ce petit bout de caillou.
Le MUSEO NAZIONALE DELLE RESIDENZE NAPOLEONICHE, ou Villa dei Mulini, se trouve sur les hauteurs de Portoferraio. Les jardins offrent d’ailleurs de beaux panoramas de l’Île sur fond bleu azur.
Cinq euros plus tard, on pénètre dans la résidence. Assez sommaire, sans fioriture. Les balcons et jardins élèvent le niveau de la maison. Cette dernière ressemble plus à une bastide provençale dans laquelle des pièces de taille modeste se succèdent en enfilade. Le mobilier, certes d’époque, n’est malheureusement pas celui ayant appartenu à Napoléon. L’ambiance a juste été recrée. Le lieu vaut surtout pour son atmosphère particulière. Bonaparte a dû y trouver le temps bien long et la vue sur cette mer qui le séparait de son foyer et de son trône bien cruelle !

napoleon et l'ile d'elbe

Le passage qui ramène vers le centre-ville offre de belles perspectives sur la mer. Au-dessus de nos têtes, les Forts Falcone et Stella veillent sur la cité, chacun sur sa colline respective. Du port de pêche se dégagent des effluves de poissons fraîchement sortis des filets. Nos estomacs nous rappellent à leur bon souvenir.
Le déjeuner au New Paradiso n’est pas resté gravé dans nos mémoires. Avec un nom pareil, on aurait dû s’en douter. Seul intérêt : l’animation de la Piazza Della Repubblica, authentique.
Très peu de visiteurs en cette saison. L’avantage de vivre sur une île, c’est que la fréquentation touristique se concentre en haute-saison. Le reste du temps, la vie reprend son rythme, plutôt lent en général. Les habitants, fort sympathiques, ont consciences que nous ne sommes que de passage. C’est mieux ainsi.

portoferraio sur l'ile d'elbe

Le marché local est particulièrement agréable. A côté des étals de fruits et légumes, on trouve des produits typiques d’Elbe et plus généralement de toute la Toscane, et à des prix intéressants. On en profitera grandement.

Notre exploration de l’île d’Elbe se termine par le village de Porto Azzurro. La côte sud étale ses charmes le long des plages de sable dorée : Barbarrossa, Terranera, Reale. Le paysage composé de criques et de pinèdes nous enchante. On a bien fait de traverser toute l’île depuis Portoferraio même si cela ne présente pas d’intérêt particulier hormis son caractère sauvage. De l’intérêt, à Porto Azzurro, il n’en manque pas.

porto azzurro sur l'ile d'elbe

Le Fort San Giacomo, le Sanctuaire de la Madonna di Monserrato ou encore l’Eglise San Giacomo Maggiore : le patrimoine architectural n’a d’égal que la richesse du patrimoine naturel.
Les ruelles pavées regorgent de restaurants typiques qui proposent essentiellement des spécialités de la mer.

Après un déjeuner correct à l’OSTERIA CECCONI, le dernier tour sur les quais du petit port me vaut une moquerie. Acte de clôture d’un voyage qui avait commencé par une moquerie sur la Piazza della Signoria à Florence. Assis, je dirai même affalé, sur une statue de mouette face à la mer, un shoot furtif immortalisa la posture nonchalante et ridicule du « Petit Poséidon ». N’espérez pas voir la photo, Elle m’a promis de la conserver dans son album personnel.
Point d’orgue d’un road trip tout en couleur….

Définitivement, la Toscane, c’est l’une des plus belles régions du monde. Arrivederci, a presto !

l'ile d'elbe en toscane